
Dans un monde où l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux sont omniprésents, de plus en plus de patients se présentent en clinique en ayant déjà tenté d’associer leurs symptômes à une maladie et, parfois, même d’identifier un traitement. Je ne suis pas ici pour faire le procès de ces nouvelles façons de rechercher de l’information. Toutefois, chez certains patients, elles peuvent alimenter l’anxiété, particulièrement lorsque les renseignements consultés ne proviennent pas de sources fiables. Alors, comment savoir quels conseils reposent sur de solides données médicales et lesquels sont simplement populaires parce qu’ils circulent beaucoup en ligne? En tant que médecins, nous sommes formés à évaluer la qualité des informations médicales et à distinguer ce qui repose sur des connaissances scientifiques fiables de ce qui relève davantage de l’opinion, de l’expérience personnelle ou de tendances populaires. Cette approche s’appelle la médecine basée sur les preuves, et elle guide ma pratique au quotidien. Mais qu’apporte-t-elle concrètement à mes patients?
Liens rapides
- Qu’est-ce que la médecine fondée sur les preuves ?
- Pourquoi la médecine fondée sur les preuves est-elle importante pour les patients ?
- La médecine factuelle n’est pas une approche universelle
- Exemples de médecine fondée sur les preuves au quotidien
- Comment les lignes directrices fondées sur les preuves aident-elles votre médecin?
- Que se passe-t-il lorsque les données ne sont pas claires?
- Questions à poser à votre médecin au sujet de votre traitement
- Conclusion : de meilleures données, de meilleures conversations
Points clés à retenir
- La médecine fondée sur les preuves associe les meilleures données scientifiques disponibles, l’expérience clinique du médecin et la situation particulière de chaque patient. Ensemble, ces éléments contribuent à la prise de décisions thérapeutiques appropriées.
- Elle aide les médecins à comparer les bénéfices, les risques et les alternatives probables des examens et des traitements. Elle peut également indiquer dans quels cas une surveillance ou une approche plus prudente peut s’avérer plus appropriée qu’une intervention immédiate.
- Les soins fondés sur les preuves ne sont pas une solution universelle, car chaque patient présentant des antécédents médicaux, des facteurs de risque et des priorités différents. Par conséquent, deux personnes présentant le même diagnostic peuvent raisonnablement opter pour des plans de traitement différents.
- Lorsque les données de recherche sont limitées ou contradictoires, le jugement clinique et les préférences du patient ont davantage d’importance. Des échanges francs sur les bénéfices, les risques et les alternatives aident les patients et les médecins à prendre ensemble des décisions mieux éclairées.
Qu’est-ce que la médecine fondée sur les preuves ?
La médecine fondée sur les preuves (MFP), aussi appelée médecine factuelle ou médecine fondée sur des données probantes, est souvent mal comprise : on croit qu’il s’agit simplement de « suivre la plus récente étude ». D’expérience, je peux vous dire que ce n’est pas si simple. Et honnêtement, ça ne devrait pas l’être. Le corps humain est d’une grande complexité; comment son traitement pourrait-il, lui, être aussi simple?
Je vois plutôt cette approche comme l’équilibre entre trois éléments qui doivent s’imbriquer :
- Les meilleures données de recherche disponibles : des études bien conçues qui nous aident à comprendre ce qui fonctionne généralement, pour quels patients et dans quelle mesure.
- L’expérience clinique : le jugement du médecin, forgé par des années d’observation des résultats de traitements chez de vrais patients.
- Le patient lui-même : vos antécédents médicaux, votre situation personnelle et ce qui compte pour vous.
Aucun de ces trois éléments ne fonctionne de façon isolée. Aussi rigoureuse soit-elle, une étude ne s’applique jamais automatiquement à la personne assise devant moi. Je garde toujours à l’esprit que l’expérience clinique, sans données probantes solides, peut glisser vers l’habitude ou l’opinion. À l’inverse, la médecine factuelle naît de l’évaluation conjointe de la recherche, du jugement clinique et de la situation propre au patient. Pas du moment où l’un des trois l’emporte par défaut.
Pourquoi la médecine fondée sur les preuves est-elle importante pour les patients ?
La médecine fondée sur les données probantes aide les médecins à répondre de façon plus rigoureuse à des questions qui reposaient autrefois surtout sur l’instinct : ce traitement aide-t-il vraiment? Quelles sont les probabilités qu’il soit bénéfique par rapport aux risques qu’il peut entraîner? Existe-t-il une option plus simple qui fonctionne tout aussi bien? Devons-nous agir maintenant, ou est-il raisonnable d’observer et d’attendre?
Ceci est important, car la médecine est une science en constante évolution. Un traitement considéré comme la norme il y a dix ans peut aujourd’hui s’avérer moins efficace qu’on le croyait, ou pire, plus risqué ! Les nouvelles recherches nous permettent donc d’ajuster nos pratiques au fur et à mesure que les connaissances progressent.
Cette approche nous aide aussi à éviter deux erreurs opposées : proposer un examen ou un traitement qui apporte peu de bénéfices, ou, à l’inverse, ne pas intervenir alors qu’une prise en charge pourrait réellement améliorer la santé d’un patient.
Il y a une nuance importante, bien sûr. Les données probantes ne peuvent garantir un résultat pour une personne en particulier. Elles nous indiquent ce qui est probable à partir de personnes au profil similaire. Elles ne peuvent pas nous dire avec certitude ce qui vous arrivera, à vous précisément.
La médecine factuelle n’est pas une approche universelle
Une bonne partie de la confusion vient du fait que les études nous montrent ce qui se produit, en moyenne, chez un groupe de personnes. Or, chaque patient est différent. Vous ne correspondez peut-être pas à cette « moyenne », et c’est justement là que le jugement clinique devient essentiel.
Votre âge, vos symptômes, vos antécédents médicaux, vos médicaments actuels, vos autres facteurs de risque, votre mode de vie et vos priorités personnelles déterminent tous si une donnée probante s’applique à vous, et quel poids elle devrait avoir. Deux patients ayant le même diagnostic peuvent très raisonnablement se retrouver avec des plans de traitement différents. Les données scientifiques peuvent être les mêmes, mais leur interprétation varie selon la réalité de chaque personne.
C’est ici qu’intervient la prise de décision partagée. Une partie de mon travail consiste à expliquer les données de manière suffisamment claire pour que nous puissions en discuter ensemble. Le point de départ de cette conversation est une simple question : qu’est-ce qui compte le plus pour vous?
Par exemple, si votre priorité est d’éviter les effets secondaires, vous pourriez choisir une option différente de celle d’une personne qui souhaite maximiser les bénéfices potentiels d’un traitement, même si cela implique davantage de risques ou d’inconvénients. Les deux décisions peuvent être raisonnables et s’appuyer toutes deux sur la médecine fondée sur les preuves.
Exemples de médecine fondée sur les preuves au quotidien
Qu’il s’agisse de déterminer si la prise d’antibiotiques est nécessaire ou de choisir les tests de dépistage ou les médicaments appropriés, la pratique médicale fondée sur des preuves se manifeste dans de nombreuses décisions quotidiennes en matière de soins de santé.
Avez-vous vraiment besoin d’antibiotiques?
C’est l’un des exemples courants que je rencontre dans ma pratique. La plupart des cas de toux, de rhume et de maux de gorge sont causés par des virus, et les antibiotiques sont inefficaces contre les virus. Les données scientifiques permettent de distinguer les infections pour lesquelles les antibiotiques sont réellement utiles de celles où ils ne font qu’entraîner des effets secondaires et un risque de résistance, sans apporter de réels bénéfices. En tant que praticien adepte de la médecine factuelle, je ne refuse pas de prescrire un traitement. Mon objectif est d’administrer le bon traitement au bon patient.
De quels tests de dépistage avez-vous réellement besoin?
Les patients ont tendance à croire que multiplier les tests est nécessairement préférable ou plus sûr. Ce n’est pas toujours le cas. Un test de dépistage comporte un certain risque de fausse alerte, susceptible d’entraîner des interventions inutiles, de l’anxiété et des coûts, sans nécessairement améliorer votre santé. La pertinence d’un test de dépistage donné dépend de votre âge, de votre sexe, de vos antécédents personnels et familiaux, et de vos facteurs de risque. À la Clinique Médicale Santé+, c’est le raisonnement qui sous-tend notre approche de l’examen médical périodique.
Choisir le bon médicament
Lorsqu’il existe plusieurs options thérapeutiques valables, les données scientifiques permettent de comparer l’efficacité relative de chacune d’entre elles ainsi que les effets secondaires généralement associés à chacune d’elles. Cependant, vos antécédents médicaux, les autres médicaments que vous prenez et vos préférences restent déterminants pour choisir l’option qui vous convient le mieux. Le choix d’un médicament contre le TDAH en est un bon exemple : la recherche permet de restreindre le champ des possibilités, mais la décision finale reste propre à chaque individu.
Quand « en faire plus » n’est pas nécessairement mieux
Parfois, les données scientifiques plaident en faveur d’un test ou d’un traitement. Parfois, elles plaident en faveur d’une surveillance ou, tout simplement, d’une approche plus modérée. Le message sous-jacent n’est pas que « moins de médicaments, c’est toujours mieux » ni que « plus de médicaments, c’est toujours mieux ». Il s’agit d’offrir les soins adaptés à chaque patient, et ce sont les données scientifiques qui nous permettent de déterminer la bonne approche.
Comment les lignes directrices fondées sur les preuves aident-elles votre médecin?
Les lignes directrices de pratique clinique constituent l’un des outils qui soutiennent la pratique médicale fondée sur des données probantes, en rassemblant et en évaluant les travaux de recherche disponibles sur une question de santé précise. En tant que médecins, cela signifie que nous n’avons pas à repartir de zéro à chaque fois qu’une situation similaire se présente. Elles constituent donc un outil vraiment utile. Cependant, une ligne directrice est un point de départ, et non une feuille de route exhaustive. Bien qu’elle s’appuie sur ce qui a tendance à fonctionner chez un large groupe de patients, elle doit tout de même être adaptée à la personne qui se trouve devant moi, en tenant compte de ses antécédents et de ses préférences particulières.
Et n’oublions pas que les lignes directrices de l’Agence de la santé publique du Canada, de l’Institut national de santé publique du Québec et d’autres organismes faisant autorité évoluent. À mesure que de meilleures données scientifiques deviennent disponibles, elles font l’objet de révisions, parfois assez importantes. Cela ne signifie pas que les lignes directrices précédentes étaient erronées ; c’est plutôt le signe que le processus fonctionne comme il se doit.
Que se passe-t-il lorsque les données ne sont pas claires?
Toutes les questions médicales n’ont pas forcément de réponse parfaitement claire. Les études peuvent se contredire. Certaines questions n’ont tout simplement pas fait l’objet de recherches suffisantes pour en tirer une conclusion définitive. Dans de telles situations, plus d’une option peut être raisonnable.
Lorsque les données ne penchent pas clairement dans un sens, le jugement clinique et vos propres préférences prennent d’autant plus d’importance, et non l’inverse. Je préfère dire honnêtement à un patient que les données sont mitigées et discuter avec lui des différentes options, plutôt que de lui donner de faux espoirs. La médecine n’apporte pas toujours de réponse définitive, et je pense que les patients méritent qu’on le leur dise clairement.
Questions à poser à votre médecin au sujet de votre traitement
La prochaine fois qu’on vous recommandera un traitement, un test ou un médicament, que ce soit à notre clinique ou ailleurs, ces questions peuvent vous aider à en comprendre le raisonnement :
- Pourquoi pensez-vous que cette option est la meilleure pour moi?
- Qu’est-ce que je peux réellement espérer comme amélioration?
- Quels sont les risques ou les effets secondaires?
- Est-ce qu’il existe d’autres options que je pourrais envisager?
- Qu’est-ce qui pourrait arriver si je décide d’attendre avant de traiter ce problème?
- À quel point êtes-vous certain que ce traitement ou cette recommandation est effective?
- Est-ce que mes antécédents médicaux changent ce que vous me recommandez?
- Comment saurons-nous si ce plan fonctionne ou s’il faut le modifier?
Tout médecin de famille privé devrait être à l’aise de répondre à ces questions et devrait même vous encourager à les poser.
Conclusion : de meilleures données, de meilleures conversations
La médecine fondée sur les preuves n’a jamais eu pour but d’éliminer la dimension humaine de vos soins. Elle vise à garantir que les décisions que nous prenons ensemble concernant votre santé reposent sur des éléments plus fiables que les titres de journal, les tendances ou les suppositions.
De bonnes données probantes permettent de réduire le champ des possibilités, mais ce sont votre situation personnelle et vos préférences qui aident à faire un choix parmi celles-ci. Lorsque ces deux éléments se rejoignent au cours d’un entretien entre vous et votre médecin, la médecine factuelle remplit sa mission : elle conduit à une décision mieux éclairée pour vous, en particulier, et pas seulement pour les patients en général.
Si vous avez des questions concernant un diagnostic, une recommandation de dépistage ou un plan de traitement, je préfère que vous me les posiez plutôt que de rester dans le doute. L’équipe de la Clinique Médicale Santé+ est là pour passer en revue les données scientifiques avec vous et déterminer ce qui est réellement adapté à votre situation. Prenez rendez-vous avec l’un de nos médecins de famille privés. Nous accueillons des patients de Vaudreuil-Dorion et des localités environnantes, notamment Saint-Lazare et Hudson.
Dr. Martin Potter
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